Prix du livre

Prix du livre 2021 « Prisonniers du Temps ? »

Le lauréat cette année est Laurent Vidal

pour son ouvrage Les hommes lents, Résister à la modernité (XVe-XXe siècle), Paris, Flammarion, 2020.  

Prix du livre les hommes lents 1L’histoire de la modernité est dabord celle dune discrimination : en érigeant la vitesse en modèle de vertu sociale, les sociétés modernes ont inventé un vice, celui de la lenteur cette prétendue incapacité à tenir la cadence et à vivre au rythme de son temps. Partant dune violence symbolique et dun imaginaire méconnu, Laurent Vidal fait la genèse des hommes lents, ces individus mis à l’écart par l’idéologie du Progrès. On y croise tour à tour un Indien paresseux et un colonisé indolent à l’époque des grandes découvertes, des ouvriers indisciplinés dans le XIXe siècle triomphant ; plus proches de nous, le migrant en attente ou le travailleur fainéant restent en marge de lobsession contemporaine de lefficacité. Mais lauteur révèle avant tout la façon dont ces hommes semparent de la lenteur pour subvertir la modernité, à rebours de la cadence imposée par les horloges et les chronomètres : de l’oisiveté revendiquée aux ruses déployées pour sapproprier des espaces assignés, les hommes lents créent des rythmes inouïs, jusque dans les musiques syncopées du jazz ou de la samba. En inventant de nouveaux modes daction fondés sur les ruptures de rythme telles les stratégies de sabotage du syndicalisme révolutionnaire , ils nous offrent un autre regard sur l’émancipation. Mêlant la rigueur de lhistorien à la sensibilité d’un écrivain qui puise aussi bien dans la littérature que dans les arts, cet essai ouvre des horizons inédits pour repenser notre rapport à la liberté.

 

 

 

Ouvrages sélectionnés pour le prix du livre d’Uriage :

 

François Jullien, De la vraie vie, éd. L’Observatoire, 2020

Prix du livre la vraie vie 1

Un jour ou l’autre, ce soupçon envahit chacun. Femme ou homme, jeune ou vieux, savant ou pas, nous nous demandons, soudain : « Et si je faisais fausse route ? » Serions-nous en train de perpétuer une existence figée, amoindrie, factice, rabougrie ? Se pourrait-il que ce ne fût pas la vraie vie ? Qu’il y en ait une autre ? Plus intense, plus libre, plus pleine ? Plus surprenante que cette routine, cette pseudo-vie. Plus heureuse, éventuellement. Plus authentique, en tout cas.

Paradoxe de ce malaise si commun : nous sommes vivants, mais nous avons d’un coup l’impression de l’être moins, ou pas encore, voire pas du tout. « Das Leben lebt nicht » (« La vie ne vit pas »), inscrit Theodor Adorno en exergue de ses Minima Moralia. « La vraie vie est absente mais nous sommes au monde »… C’est à Rimbaud qu’Emmanuel Levinas emprunte pour sa part l’incipit de Totalité et infini. François Jullien, dans son nouvel essai, De la vraie vie, rappelle ces formules, les creuse. Le philosophe se confronte à ce qu’elles ont d’énigmatique…

(extraite de l’article de Roger Pol-Droit, Le Monde, 6 juin 2020)

Chouette

 

Hélène L’heuillet, Eloge du retard, Paris, éd. Albin Michel, 2020

Prix du livre eloge du retard

Nous vivons notre vie quotidienne, notre travail, l’éducation de nos enfants, et même nos vacances dans une telle crainte du retard que nous finissons par être en avance sur tout, par tout anticiper, et par fabriquer tant de précocité que le sentiment de vivre nous abandonne. Nous avons perdu le sentiment du temps, et avec celui-ci le sentiment de notre existence. Ce livre nous montre qu’il n’est pourtant pas difficile à retrouver. Être en retard, c’est faire l’école buissonnière, prendre des chemins de traverse, ne pas aller droit au but, c’est introduire d’infimes variations qui peuvent faire dérailler les rouages bien huilés de nos vies trop machinales. C’est finalement vivre. Face aux valeurs dominantes de nos sociétés modernes fluidité, flexibilité, urgence et vitesse – et aux pathologies qui en découlent, le retard, un « laps » de temps qui nous permet de ressaisir notre condition temporelle, devient une véritable stratégie de résistance.

Chouette

 

Jérôme Lèbre, Eloge de l’immobilité,  éd. Desclée de Brouwer, 2018

Prix du livre eloge de l immobilite

A une époque de profondes mutations, le rapport au temps est profondément changé. Dans cet ouvrage est interrogé notre rapport à la vitesse, aux accélérations et à lenteur, nous invitant à nous arrêter, voire à résister — l’occasion pour nous de nous entretenir autour de ces questionnements toujours plus vivaces et contemporains, d’un point de vue philosophique, politique et esthétique.

Chouette

 

Laurent Vidal, Les Hommes lents. Résister à la modernité (XVe-XXe siècle), Paris, Flammarion, 2020

Prix du livre les hommes lents

L’histoire de la modernité est dabord celle dune discrimination : en érigeant la vitesse en modèle de vertu sociale, les sociétés modernes ont inventé un vice, celui de la lenteur cette prétendue incapacité à tenir la cadence et à vivre au rythme de son temps. Partant dune violence symbolique et dun imaginaire méconnu, Laurent Vidal fait la genèse des hommes lents, ces individus mis à l’écart par l’idéologie du Progrès. On y croise tour à tour un Indien paresseux et un colonisé indolent à l’époque des grandes découvertes, des ouvriers indisciplinés dans le XIXe siècle triomphant ; plus proches de nous, le migrant en attente ou le travailleur fainéant restent en marge de lobsession contemporaine de lefficacité. Mais lauteur révèle avant tout la façon dont ces hommes semparent de la lenteur pour subvertir la modernité, à rebours de la cadence imposée par les horloges et les chronomètres : de l’oisiveté revendiquée aux ruses déployées pour sapproprier des espaces assignés, les hommes lents créent des rythmes inouïs, jusque dans les musiques syncopées du jazz ou de la samba. En inventant de nouveaux modes daction fondés sur les ruptures de rythme telles les stratégies de sabotage du syndicalisme révolutionnaire , ils nous offrent un autre regard sur l’émancipation. Mêlant la rigueur de lhistorien à la sensibilité d’un écrivain qui puise aussi bien dans la littérature que dans les arts, cet essai ouvre des horizons inédits pour repenser notre rapport à la liberté.